Anatomie de notre périnée 2/3
Bienvenue dans « On en parle ?! », votre dose sur la santé féminine. Tous les mois, je vous parle d’un sujet que mes bouquins de SVT n’ont pas évoqué, qu’on ne m’a pas expliqué en consultation médicale, que ma mère a oublié de mentionner ou qu’on balaie d’un revers de la main parce que bon « c’est naturel ».
Vous allez écouter ou lire la partie 2 d’Anatomie de notre périnée !
Si vous n’avez pas écouté ou lu la partie 1, rattrapage ici !
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…ou la lire 😊
À quoi sert notre périnée ? 🙈
Rapidement pour qu’on ait toutes en tête son utilité, voici un rappel de ses trois fonctions principales. Il soutient le plancher pelvien (visualisez un hamac au fond de votre bassin), évitant ainsi que notre vessie, utérus et rectum s’échappent. Le périnée, c’est aussi une zone de passage quasi en continu puisqu’il permet de retenir, laisser entrer et laisser sortir. Il assure donc un rôle essentiel dans notre continence et le fait d’aller correctement à la selle. Et enfin il assure une sexualité plaisir. Quand votre périnée va bien, il peut être source de nombreuses jouissances. Alors qu’en cas de « défaillance », il peut vous gâcher la vie et être à l’origine de vaginisme (votre périnée va se bloquer involontairement et bloquer l’entrée). Ou il peut manquer de tonicité et être à l’origine de gaz vaginaux incontrôlés.
Vous imaginez bien que ce n’est pas en quelques lignes que vous saurez tout sur le périnée et mon objectif n’est pas de faire de vous des expertes en anatomie pelvienne.
Non le point que j’aimerais aborder, c’est pourquoi sommes-nous obligées d’attendre une grossesse, une incontinence, une constipation chronique ou des douleurs pour porter à notre périnée toute l’attention qu’il mérite ?
Récemment j’ai assisté à une conférence sur l’innovation en Femtech chez BPI. Mathilde Neme, PDG d’Omena (un programme personnalisé via une app pour une péri(ménopause) plus épanouie) disait lors de son intervention :
Beaucoup de sujets de santé liés aux femmes sont physiologiques. Ils ne sont alors pas considérés comme des maladies et ne sont donc pas traités.
J’ai trouvé ça hyper juste. Ok donc on va potentiellement être enceinte, vieillir ou encore être constipée de manière chronique (1 femme sur 3 quand même). On va donc potentiellement se faire pipi dessus quand on rit ou éternue, voire même se taper une descente d’organes (prolapsus c’est le terme médical).
Mais en vrai ce serait normal ? Qui dit ça ? 🤨 Sûrement un homme. Ok, elle était facile celle-là.
Mais on reviendra dans une autre newsletter sur qui s’est principalement occupé de la santé des femmes jusqu’à présent. Suspens ? Pas tant.
J’ai deux questions à vous poser avant d’enchaîner :
Saviez-vous où était situé votre périnée et à quoi il servait ?
Pensez-vous aujourd’hui avoir les bases pour le protéger ?
🧐 Le savoir, c’est le pouvoir
Quand j’étais enfant, ma mère avait équipé ma salle de bain d’un petit sablier jaune qui mettait trois longues minutes à s’écouler. Si, si trois minutes c’est hyper long quand il s’agit de se brosser les dents deux fois par jour à l’âge de 6-7 ans. Bref, tout ça pour dire que l’on m’a appris comment faire pour me laver les dents correctement pour avoir une bonne hygiène bucco-dentaire (et éviter les caries).
Et là vous vous dites peut-être : ben quand on a envie de faire pipi c’est naturel on va aux toilettes et on ouvre les vannes. Pas besoin de schéma. Et bien si Martine (je n’ai rien contre les Martine, ma mère s’appelait Martine). Cela vous est sans aucun doute déjà arrivé de sentir une légère envie d’uriner et de l’ignorer sur le moment. Et c’est ok. Puis cette envie revient une seconde fois un peu plus forte mais sans générer de complication. Et puis vous êtes en réunion ou dans le métro ou pire : dans la rue. Elle revient une troisième fois plus forte et cette fois ça commence un peu à déborder au-dessus du pubis et là Martine il serait vraiment temps d’aller vous soulager. Car si vous attendez davantage - et cela de manière récurrente - votre vessie va finir par se distendre.
Pour les selles, ça fonctionne différemment. Si vous ne répondez pas à la première envie (parce que vous ne pouvez pas ou que vous ne voulez pas selon où vous êtes), vous allez contracter pour retenir et l’envie va passer. Mais celle-ci ne revient pas forcément tout de suite. Et si vous manquez trop régulièrement l’heure d’aller à la selle, petit à petit, les selles vont se tasser, se déshydrater et devenir dur dans le rectum. Séverine Jonas Lescuras, kinésithérapeute et fondatrice de Oh my Péry ! en parle dans un de ses posts LinkedIn.
Selon elle, la constipation c’est vraiment l’ennemi numéro 1 du périnée des femmes. Constipation souvent mal prise en charge et banalisée. Et donc sur le long terme, ça peut devenir la cata. Car tous les jours, vous allez pousser fort pour essayer d’évacuer ces selles devenues sèches. Résultat : augmentation de la pression intra-abdominale + fragilisation du plancher pelvien = possible prolapsus.
Toutes ces (mauvaises) habitudes, le manque d’infos, le rythme effréné de nos vies, l’auto-gêne qu’on s’impose (merci à ces toilettes ouvertes au-dessus et en-dessous de la plupart de nos établissements scolaires), etc. contribuent lentement - mais sûrement - à affaiblir nos périnées. Alors que si les bonnes pratiques nous étaient transmises dès notre plus jeune âge, cela éviterait de nommmmmbreux problèmes.
Plutôt que de tout miser sur la prise en charge thérapeutique quand le trouble est là, des séances d’éducation permettraient de diminuer le nombre de fuites urinaires dans les 15-20 ans à venir.
C’est en tout cas tout l’enjeu du travail d’Anne-Cécile Pizzoferrato, gynécologue-obstétricienne au CHU de Poitiers. Elle est à l’initiative de sessions d’éducation périnéale auprès de collégiennes et lycéennes.
Son objectif : sensibiliser les plus jeunes (filles) et leur faire prendre conscience de l’existence de leur périnée pour limiter les troubles périnéaux sur le long terme. « Lors des ateliers, nous distribuons un questionnaire anonyme pour évaluer leur degré de connaissance. On constate déjà que les organes comme la vessie, le rectum, le vagin, etc. ne sont pas toujours rangés dans le bon ordre. Et en cours, elles n’apprennent pas vraiment quelles sont les interactions possibles entre les différents organes pelviens. » À travers des outils variés comme le bassin anatomique, des puzzles, des vidéos, des jeux, elle souhaite leur faire comprendre comment leur comportement agit sur leur périnée et comment le modifier pour améliorer les symptômes. Car ce que révèlent aussi ces questionnaires, c’est déjà environ 30% de fuites urinaires parmi ces jeunes filles interrogées.
C’est plus fréquent qu’on ne le croit. Et c’est hélas encore un sujet tabou dont elles n’osent pas tellement parler. On prend alors le temps de leur expliquer ce qu’est une fuite. Par exemple, quand vous faites du sport et que vous faites un petit peu pipi dans votre culotte, c’est une fuite.
Anne-Cécile Pizzoferrato cible les écoles, les lycées et essaie de convaincre les enseignants et responsables d’établissements. « On pensait bêtement qu’en présentant notre projet, cela pourrait être intégré mais en fait on rame ! On aimerait qu’il puisse faire partie du programme national d’éducation à la vie sexuelle et affective pour qu’on soit sûres que tout le monde reçoive la même information, que ce soit standardisé et cadré. » En attendant que ce savoir se propage, elle a travaillé - en collaboration avec d’autres professionnels de santé (sage-femme, kiné) - sur le lancement d’un site informatif sur le périnée que je vous invite à consulter.
C’est fini pour aujourd’hui ! Dans la dernière partie d’Anatomie de notre périnée, on passera enfin à la pratique. Je vous parlerai des techniques que j’applique et qui fonctionnent pour moi.